Origines

« Ils étaient des milliers en 1990. Ils ne sont plus que quelques centaines aujourd’hui. Les Kabardines du Caucase sont parmi les chevaux de montagne les plus résistants du monde. Mais leur espèce s’éteint et avec elle tout un mode de vie ».

Celui qui me parle ainsi est un ami qui me propose de le remplacer sur le tournage d’un documentaire sur le seul éleveur caucasien à tenter de préserver ces chevaux. 10 jours plus tard, j’étais à Naltchik, la capitale de la République russe de Kabardino-Balkarie. C’était en mars 2002.

L’association Cheval Sans Frontières a été créée en octobre 2003. Entre les deux, il y a eu plusieurs mois de tournage dans cette inoubliable région de montagnes, la rencontre avec ces chevaux remarquables et attachants, la découverte de cette culture digne et généreuse. Et puis la solitude de cet éleveur qui dans une société à la consommation devenue frénétique, paraît totalement anachronique en tentant de garder à leur place ceux que sa langue appelle « petits frères ».

Il y a eu aussi l’énergie, les convictions, le dévouement de ce petit groupe passionné qui avec lui n’a attendu personne pour prendre l’initiative de réaliser ce qui est pour beaucoup un rêve inutile : Sauvegarder une espèce en voie de disparition, conserver les racines d’une culture et en transmettre l’essentiel aux jeunes générations. Mais sur place, j’ai aussi constaté qu’après 10 ans d’efforts, ce petit groupe atteignait les limites de ce qu’il pouvait faire seul.

A l’occasion d’un déjeuner, en juin 2002, je lance à l’éleveur Ibraguim Yaganov : «Caucase / France avec des Kabardines, une expédition pour les faire connaître, qu’en penses-tu ?».

Ibraguim me regarde intensément, réfléchit quelques secondes et répond «Un Tcherkesse n’a qu’une question : quand ?».

«Dans la vie, il n’y a pas de solution. Il y a des forces en marche. Il faut les créer et les solutions suivent».

Sa réponse me fait penser à une phrase de Saint-Exupéry : «Dans la vie, il n’y a pas de solution. Il y a des forces en marche. Il faut les créer et les solutions suivent».

A cet instant, je sens ma vie prendre une nouvelle direction avec l’évidence désarmante d’un rêve longtemps enfoui jaillissant comme un geyser. Je me vois à cheval, arpenter la nature, rencontrer le monde à travers la relation unique du cavalier et de son cheval. Je sais que cette image ne me quittera plus. Mais dès cet instant, je comprends aussi que le projet dépasse la « simple » traversée de l’Europe à cheval pour embrasser la perspective plus vaste de la question de la place du cheval à nos côtés aujourd’hui en Europe.

Réaliser ce projet avec Ibraguim Yaganov et d’autres personnes qui me viennent déjà à l’esprit, c’est aussi la promesse d’une coopération internationnale exaltante, une façon de vivre sur le terrain, cette page unique de notre histoire : la construction pacifique de l’Europe. Je réponds alors, au bout de ces instants qui viennent de déterminer ma vie future: «Trop tôt pour la date, mais on va le faire».

Catherine Michelet
Fondatrice de Cheval Sans Frontières

Pour en savoir plus sur cette première rencontre : http://www.horseway.net/2002-2